CSF - Coeurs sans frontières - Herzen Ohne Grenzen

dimanche
05 septembre 2010
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Editorial

Pour être heureux, les humains doivent croire à quelque chose qui est plus grand qu’eux.

Chères amies et chers amis,

Nous vous remercions de prendre le temps de nous lire. C’est un dévouement sans faille qui motive notre petite équipe. Notre engagement, notre dynamisme, nous le mettons au service de toutes ces personnes qui ont souffert de leur différence.

Le site a évolué, nous avons voulu qu’il devienne le vecteur indispensable de l’association. Sur un simple appel téléphonique, un courriel ou une lettre nous serons en capacité de mettre vos recherches, vos remarques et vos suggestions en ligne. Ce site ne sera pas le site de quelques-uns, il doit être celui de tous les adhérents et sympathisants.

Autre nouveauté,le logo, nous l’avons repensé pour qu’il symbolise ce cœur tourné vers notre bonne vieille terre, sans frontières.

Nous sommes ces « Enfants de la guerre » bien déterminés à prendre en main notre destin. Après une vie faite de souffrances, voire de maltraitances physiques ou psychologiques (ou parfois les deux) familiales ou sociétales, le temps était venu pour nous de relever la « tête ». Nous n’étions ni coupables, ni responsables d’être des « Enfants de Boches », nous étions des victimes, au même titre que toutes les victimes collatérales de ces guerres indignes de la race humaine. Notre espèce sera devenue civilisée quand elle saura gérer ses problèmes sans avoir recours à la haine et aux armes.

Nous avons fondé une Association, basée sur l’entraide et l’aide à la recherche identitaire pour tous les enfants des guerres. Que ce soit des enfants de liaisons amoureuses, de viols, de prisonniers, de travailleurs déportés ou de soldats occupants.

Cette Association est la résultante d’une prise de conscience tardive. Nous approchions tous de la soixantaine, c’était un soir de mars 2003. Une photo d’un magazine de télévision présentant un documentaire à venir, attira notre attention : elle était d’une violence inouïe car elle faisait resurgir, pour les personnes concernées, l’infinie douleur enfouie au plus profond d’elles-mêmes. Cette photo représentait une femme vêtue d’une blouse, marchant à vive allure, un nourrisson dans les bras. Néanmoins une seule chose retenait notre attention. Cette femme venait d’être tondue. Cette femme aurait pu être notre mère, cet enfant aurait pu être nous !!! Nous fûmes certainement nombreux ce soir là devant nos postes. Une page se tournait. Un homme osait briser la loi du silence qui était la règle depuis nos origines. Enfin quelqu’un s’intéressait à ce que furent nos vécus. Cet homme n’est autre que Christophe Weber réalisateur, qui a travaillé en collaboration avec Fabrice Virgili historien, chercheur au CNRS.

Ces témoignages, sur cette période douloureuse sont le reflet d’une France d’un autre âge, où une mère célibataire était bannie de la famille, mais aussi de la société, tondue et (ou) emprisonnée pour avoir mis au monde un enfant, fruit d’une liaison adultère et souvent amoureuse avec L’ENNEMI. Quel handicap pour un enfant qui voit le jour : banni, rejeté par sa mère, par sa famille maternelle, et par tous ceux qui étaient dans la confidence ! De père inconnu, dont les rares traces : photos, lettres et témoignages furent détruits ou remisés dans le subconscient, cet enfant était non seulement le fils, la fille du « Boche », mais il était éduqué dans la haine du « Boche ». Dès sa plus tendre enfance, il était celui ou celle que l’on montrait du doigt. Imaginez un instant notre calvaire, comment un enfant pouvait-il se structurer, avec la culpabilité sournoise et indicible que l’on faisait peser sur lui ? Comment cet enfant pouvait-il aimer, alors que son entourage le rendait directement ou indirectement responsable de ce qu’il représentait ?

 

Nous avons donc pris conscience en 2003, que nous n’étions pas comme nous l’avions toujours cru, seuls au monde…Selon les estimations de Fabrice Virgili, 200 000 enfants seraient nés en France de liaisons entre des Françaises et des Allemands, 800 000 à l’échelle des pays européens occupés. Ce documentaire, ces chiffres nous firent prendre conscience que nous n’étions pas seuls. Lors de nos rencontres, de nos échanges, nous nous faisions tous la même remarque : « dire que nous pensions être le seul !!! » Nous pouvions après une vie dans l’ombre, passer à la lumière et marcher la tête haute. Ces révélations nous aidaient à nous réconcilier avec nous-mêmes. Mais beaucoup trop restaient de l’autre côté du miroir. Nous devions nous fédérer pour leur venir en aide. Nous avons très vite constaté qu’en nous donnant la parole, en nous rencontrant, nous pouvions enfin transcender nos propres traumatismes, nos propres angoisses.

Enfin réconciliés, nombreux sont ceux qui veulent entreprendre ces recherches qui nous semblaient solitaires et honteuses. L’urgence nous obligeait à agir vite, très vite. Nos pères étaient morts ou très âgés, nos mères aussi, et les témoins de cette époque se raréfiaient.

L’association permet un travail d’équipe pour se répartir les tâches, entreprendre les démarches, traduire les documents. C’est dans cette optique que « Cœurs Sans Frontières » / « Herzen Ohne Grenzen » a évolué, vers une Association européenne fédérée par l’Association « Fantom e.V. ».

« Cœurs Sans Frontières », « Herzen Ohne Grenzen » et « Fantom e.V. » ont signé le 20 novembre 2006, à la Maison de l’Allemagne à Paris une charte de partenariat dont la teneur avait été approuvée au préalable par un vote de représentants des associations à Berlin le 22 octobre précédent. Lors de la signature, « Fantom e.V. » était représenté par son président Ludwig Norz, « Herzen Ohne Grenzen » par Johanna Brunne, et « Cœurs Sans Frontières » par son nouveau président Jean-Jacques Delorme. Nous sommes très heureux que cette petite cérémonie se soit déroulée en présence d’adhérents et très honorés que Peter Gerhardt, directeur adjoint de la WASt à Berlin, ait été des nôtres.

Nous sommes une Association franco-allemande ouverte sur les peuples et nous vous encourageons à nous rejoindre. Nous avons enregistré, malgré l’urgence évoquée précédemment, de récents succès, en particulier celui d’une adhérente allemande qui a pu rencontrer sa famille française à Nantes, et celui d’un adhérent français qui, grâce aux recherches effectuées par un réseau discret et efficace a pu localiser son père biologique allemand, puis son frère et sa sœur qui vivent à Mayence. La première rencontre s’est faite après quarante années d’espoir, le 19 janvier 2007.

Si vous possédez quelques éléments et si vous avez envie de savoir, nous sommes en capacité de vous aider, car nous avons ce réseau, l’accès aux archives, et quelques forums spécialisés.

Dites-vous qu’il n’est jamais trop tard. Et que nous serons à votre écoute pour tenter de réussir ce qui semblait encore impossible il n’y a pas si longtemps…

Soyons persévérants et motivés

Jean-Jacques Delorme

 Jean-Jacques DELORME

Cœurs Sans Frontières Herzen Ohne Grenzen


EDITORIAL

 

To be happy, human beings have to believe in something which is bigger than they are.

 

Dear friends,

Thank you very much for taking the time to read this.  Our small team is motivated by our tireless devotion to our work. Our commitment and energy is put at the disposal of all those who have suffered because they are different.

The website has evolved and our aim is that it becomes the indispensable tool of the association.  A simple telephone call, e-mail or letter will enable us to post your search, remarks and suggestions. This website is not only for a chosen few but for all members and sympathizers.

Another new addition is the logo, which we have redesigned so that it symbolises this heart turned towards our good old planet earth, without borders

We are those « Children of the War » and are determined to take our destiny into our own hands.  After life-long sufferings, for some of us, physical and/or psychological abuse, from our families or from the society the time has come for us to raise our «heads».  We were neither guilty nor responsible for being «enfants de Boches» (literally: «children of the Huns»).  We were only collateral victims of those ignominious wars that men wage. Humankind will become civilized only when we will learn to solve our problems without the use of hatred or war.

We created an Association, which is based on mutual aid and search for identity for all children of the 39-45 war. Whether they were born from love affairs, from rapes, from prisoners, from deported workers or from occupying soldiers.

This Association is the result of a late awakening of consciousness.  We were all nearing our sixties, when one night in March 2003 a photograph in a television magazine caught our attention:  it was extremely violent because it brought back, to those concerned, an eternal and deep-seated pain.  This photo showed a woman wearing a white blouse, walking quickly, holding a baby in her arms.  Yet, only one thing caught our attention:  this woman’s head had just been shaven.  This woman could have been our mother and this child could have been one of us. No doubt that many of us were watching television that evening.  A page was being turned.  A man had dared to break the code of silence.  At last, someone was interested in our past lives.  This man was no other than Christophe Weber, the film-maker, who worked together with Fabrice Virgili, historian and researcher at the CNRS.

These testimonies of a painful period in France’s history reflect a France of another era, where an unwed mother could be banished from her family and society, shorn or/and imprisoned for having given birth to a child who was the fruit of an adulterous and often amorous relation with the ENEMY.  What a handicap for a child to be banished, rejected by his/her mother’s side of the family, and all those who were aware of the secret!  From an unknown father, with rare traces of his existence left (photos, letters and testimonies) destroyed or hidden in the sub-conscience, this child was not only the son or daughter of a « Boche» but was brought up with hatred for the « Boche».  From early childhood, fingers had been pointed at them.  Imagine the cross we had to bear.  How could a child be well-balanced with the unspeakable and untold guilt thrust upon him/her? How could a child love when people around him/her were making him/her responsible, directly or indirectly, for what he/she represented?

In 2003, we realized that we were not as alone in the world, as we had always thought…  According to Fabrice Virgili’s estimates, in France there could be 200,000 children born from unions between Frenchwomen and Germans, 800,000 in all the occupied European countries. 

 

This documentary movie and figures raised our awareness that we were not alone.  During our meetings and discussions, we were all making the same comments:  «I thought I was the only one!!! »   After having spent a life in the shadows, we could now walk out into the daylight with our heads held high.

Those revelations helped in bring about self-reconciliation.  But there were still too many of us who remain on the other side of the mirror.  We had to get together to help them.  We quickly noticed that in talking to and meeting with each other, we could overcome our own traumas and anxieties.

Reconciled with ourselves at last, many are those who want to undertake a search that was once deemed lonely and shameful.  A sense of urgency forced us to act fast, very fast.  Our fathers were either dead or very old, so were our mothers, and witnesses to that period were getting scarcer.

The association allows us to work as a team to share the tasks, undertake the research work and translate documents.  It is within this frame-work that « Hearts without Borders / Cœurs Sans Frontières / Herzen Ohne Grenzen » has evolved to become a European association, headed by the «Fantom e.V. » organization.

On 20 November 2006, « Hearts without Borders / Cœurs Sans Frontières / Herzen Ohne Grenzen » and « Fantom e.V. » signed a partnership agreement at the German Foundation, «Heinrich Heine House» at the City University of Paris.  The terms of this agreement had been submitted to a vote and approved by the representatives of these associations on 22 October 2006, in Berlin.  The agreement was signed by Ludwig Norz, for «Fantom e.V.», Johanna Brunne for «Herzen Ohne Grenzen» and Jean-Jacques Delorme the new President of «Coeurs sans frontières / Hearts without Borders». We were very pleased that this small ceremony was attended by members, and we were very honoured by the presence of Peter Gerhardt Vice-Director of WASt* in Berlin.

We are a French-German association, opened to all people and we encourage you to join us.  In spite of the urgency mentioned earlier, we have been successful recently in re-uniting a German member with her French family in Nantes and a French member who, thanks to a discreet and efficient network, was able to locate first his biological father, then his brother and sister who live in Mainz, Germany and, for the first time after 40 years of hope, they finally met on 19 January 2007.

If you have any information and would like to learn more, we have the means to help you thanks to a network, access to the archives and some specialized internet forums.

You must believe that it is never too late and that we are willing to listen to you to try to succeed in doing what seemed impossible not so long ago…

 

Let’s persevere and remain motivated.

 

 

Jean-Jacques DELORME

Cœurs sans Frontières / Herzen Ohne Grenzen /Hearts without Borders